
Les éditions Koukou viennent de mettre sur le marché un livre sur l’icône de la chanson kabyle, Idir, décédé le 2 mai dernier. Intitulé « Idir l’éternel » , cet ouvrage coécrit par Amer Ouali, journaliste à l’AFP et Saïd Kaced, professeur de français, relate le parcours captivant du chanteur en révélant dans quelques passages des épisodes de sa vie non connus du public. La préface a été écrite par Yasmina Khadra pour dire que l’ouvrage a déjà l’assentiment des poids lourds de la littérature.
cet ouvrage revient en 159 pages sur la vie et le parcours artistique d’un des ambassadeurs de la musique algérienne d’expression amazighe et dont les chansons ont parcouru le monde entier.
lyrique que comme un document historique, dévoile néanmoins assez de facettes peu connues de la personnalité et de la trajectoire d’Idir. Il dit avec brio sa passion de la pluralité. « Par ces temps d’incertitude, Idir restera, pendant longtemps encore, l’éveilleur des consciences pour entretenir la flamme des espérances souvent contrariées, mais sans cesse renouvelées. Si le grand frère nous manque déjà, son aura brille, parmi tant d’étoiles, au firmament de l’éternité pour éclairer les chemins qui mènent vers la liberté. Car, derrière l’artiste planétaire, se profile le combattant épique qui a défié les forces du mal avec une guitare sèche, un sourire juvénile et un cœur fraternel. Son message apparaît alors comme une ultime déclaration d’amour dans un océan d’incompréhensions et d’anathèmes. Hymne à la reconnaissance mutuelle et au respect réciproque, son appel à la cohabitation pacifique entre les hommes, les cultures, les langues et les religions reste l’unique voie de salut pour conjurer les démons suprémacistes qui hantent les sociétés plurielles, » lit-on sur la quatrième de couverture du livre.
Les coauteurs :
Amer Ouali, ancien professeur de français, est journaliste à l’AFP, dont il a dirigé le Bureau d’Alger de 2014 à 2017. Avec ses collègues d’Alger, il a été lauréat du prix Bayeux (1997) et du prix Pierre Lazaref du reportage (1998). Il est l’auteur d’un recueil de poèmes, Une cuillère de braises (2020).
Saïd Kaced, ancien journaliste en Algérie et en France, enseigne le français dans un collège en Normandie. Auteur de Kabylie assassinée (2001), il a cosigné avec Méziane Ourad, reporter émérite, La Kabylie qui résiste (2002). Il est aussi l’auteur d’un roman, Le Relais de l’errance (2007).

Co-écrit par les journalistes Saïd Kaced et Amer Ouali, les auteurs indiquent que « ce document devait être un article de presse. Il a pris finalement la forme d’un livre parce qu’un article s’est révélé trop étriqué pour contenir les réponses aux questions posées sur la vie d’un homme qui a gravi les monts d’une célébrité qu’aucun autre artiste algérien n’avait franchis avant lui ».
En effet, à travers 160 pages, nous retrouvons douze chapitres sur les différentes phases qu’a connues Hamid Cheriet : « Un second exil, une lignée, un village », « Toujours engagé, jamais encarté », « Liberté de conscience », « Idir l’universel » ainsi que des textes choisis. Pour son élaboration, Saïd Kaced et Amer Ouali ont eu recours à un travail de recherche minutieux, en « réunissant » des témoignages de ses proches, des interviews (radio, télé).
A propos de cette démarche, Azouz Hachelaf a mentionné dans la présentation que ce travail « finement mené » et « solidement documenté » est un bon outil pour les écrivains spécialistes, les sociologues, les ethnologues et pour les historiens. Dans ce livre, les auteurs nous font découvrir des anecdotes, ainsi qu’une lettre écrite avec émotion et « jusqu’aux larmes », par Mouloud Mammeri, dans laquelle il témoigne : « Tu sais Hamid, je ne pensais pas vivre avant de voir que la lumière de notre culture pouvait être si magnifiquement inspirée et si bien interprétée. Tu lui as donné la place qui lui revient de droit, et là-haut, au ciel, je sens que nos ancêtres jettent sur toi des bénédictions sous forme de poussières d’étoiles ».
Dans sa préface, le romancier Yasmina Khadra évoque sa première rencontre avec Idir au début des années 1970 à l’Ecole des Cadets de la révolution de Koléa où le chanteur Idir effectuait son service militaire.
Cinquante ans plus tard, Yasmina Khadra, se souvient encore d’un concours de chant organisé par la direction de cette école sous la direction de Idir, de son vrai nom Hamid Cheriet. Il garde de Idir, le souvenir d’un »artiste hors-norme, d’un géant humble et généreux » et d’un ami.
A Alger où son père tenait un magasin de souvenirs, le jeune Hamid assistait aux cours de langue et culture berbères, donnés par l’écrivain et universitaire Mouloud Mammeri (1917-1989).
Les auteurs racontent le rapport du chanteur à l’exil et au déracinement, sa condition d’immigré qui a quitté l’Algérie en 1975, son engagement avec l’Association culturelle berbère, sa lutte contre le »piège du folklore » pour trouver une manière esthétique d’attirer les jeunes vers le patrimoine musical.
Décrit comme un artiste « humble » et « généreux », Idir avait également accompagné des nouvelles figures de la scène dans la production de leursdisques, à l’exemple d’Abdelkader Meksa et El Ghazi.
Le chanteur Idir, rappelons-le, est décédé le 2 mai dernier à Paris en France des suites d’une longue maladie. Né le 25 octobre 1945 à At-Yanni, dans la wilaya de Tizi Ouzou, Hamid Cheriet (vrai nom du chanteur), a réussi à donner une dimension internationale à la music Kabyle, grâce notamment à la légendaire « vava inouva » qui a fait le tour du monde et traduite dans une trentaine de langue.
SONIA.HA