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Décès de l’avocate et figure féministe Gisèle Halimi

L’avocate, militante féministe et femme politique franco-tunisienne Gisèle Halimi est morte à l’âge de 93 ans, annonce sa famille à l’AFP ce mardi 28 juillet. « Elle s’est éteinte dans la sérénité, à paris », a déclaré à l’AFP l’un de ses trois fils, Emmanuel Faux, estimant que sa mère avait eu « une belle vie ».
Née en Tunisie française en 1927, dans une famille pauvre, juive dominée par l’ordre patriarcal, Gisèle Halimi a très tôt fait le nécessaire pour s’affranchir de plusieurs dominations : celle de sa famille, de la religion, des hommes. Adolescente, elle gagne de quoi quitter sa terre natale pour rejoindre Paris en 1945 et y étudier le droit.
Jeune avocate, elle défend les indépendantistes tunisiens et algériens, puis défend des femmes auxquelles l’on reproche d’avoir avorté. Pour atténuer leur peine, il faut évoquer des « circonstances atténuantes », ce qui revient à plaider coupable. En 1971, elle est la seule avocate à signer le Manifeste des 343, car un grand risque de sanctions déontologiques du Barreau pesait sur elles. Surtout, lors du procès de B obigny, en 1972, Gisèle Halimi refuse de demander pardon au nom de sa cliente, et fait elle-même le procès de la loi liberticide de 1920 sur l’avortement. Marie-Claire Chevalier, qui a avorté après avoir été violé, est acquittée. C’est une étape importante dans la marche vers la législation de l’avortement en 1975.
Les engagements de Gisèle Halimi ont tous une dimension politique forte, mais à part une brève expérience de la députation au début du septennat de François Mitterrand.
Fondatrice de l’association « Choisir la cause des femmes », Gisèle Halimi témoigne d’un courant du féminisme français caractérisé notamment par la certitude que cette lutte émancipatrice ne peut se passer des hommes.

Parallèlement à sa carrière d’avocate, elle a mené une carrière d’écrivain. Parmi sa quinzaine de titres, figurent « Djamila Boupacha » (1962), du nom d’une militante emblématique du FLN, et une œuvre plus intimiste comme « Fritna », sur sa peu aimante mère (1999), « pratiquante juive totalement ignorante ».
Mère de trois garçons, dont Serge Halimi, directeur de la rédaction du « Monde diplomatique », elle a confié qu’elle aurait aimé avoir une fille pour « mettre à l’épreuve » son engagement féministe. « J’aurais voulu savoir si, en l’élevant, j’allais me conformer exactement à ce que j’avais revendiqué, à la fois pour moi et pour toutes les femmes », disait-elle au « Monde » en 2011.
Dans une longue interview accordée au journal « Le Monde » en Septembre 2019, la nonagénaire s’étonnait encore que « Les injustices faites aux femmes ne suscitent pas une révolte générale ».

SONIA.HA